Mon père était pilote

           Mon père était pilote d’éolienne. Pilote de nuit. Il partait le soir pour ses missions, sa petite musette en bandoulière, engoncé dans son cuir bleu d’aviateur. Il revenait au petit matin quand nous déjeunions, les yeux brillants des milliers d’étoiles croisées dans le noir sidéral. Après nous avoir embrassés, il montait ensuite se reposer pour la prochaine mission. A l’école, par la fenêtre de la salle de classe, je rêvais toute la journée à ses formidables voyages en observant son escadrille posée sur la crête : les cinq éoliennes, dressées fièrement vers le ciel, les hélices au ralenti préparaient leur départ nocturne. Malheureusement, mon père dut quitter bientôt cette vie d’aventure : il avait atteint la limite d’âge pour les missions spéciales et il fut chargé de s’occuper des voyages terrestres. Il part donc toujours le soir avec son blouson de cuir bleu  rejoindre en mobylette son poste de commande : la cabine de péage de l’A6 qui serpente en bas de la crête des éoliennes.

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