Poésies déglinguées, one again

L'Altrobas

L'Altrobas

 

Parfois pour s'attrister les femmes de ménage

Prennent des plumeaux roses, petits roseaux des terres

Qui suivent, insolents corps peignés de cirage

La serpillière glissant sur les sols polymères

 

A peine les ont-elles déposés sur les planches

Que ces rois de lasure efficace et goutteux

Laissent glorieusement leurs petites plumes franches

Comme des lavis ronds tracer à côté d'eux

 

Ce voyageur zélé finira au sous-sol

Coincé entre sabots, pique et packs de lait

L'une récupère son manche pour une casserole

L'autre préfère emboîtée la firme qui lavait

 

Le poète est semblable au pinceau dénué

Qui à cause du temps pète, perd ses poils et duvet

Dépité au sous-sol, traité comme un objet

Ses aisselles épilées l'empêchent de poncer.

L'albatros

 

Souvent pour s'amuser les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers

Qui suivent, indolents compagnons de voyage

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui naguère si beau, qu'il est comique et laid!

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant,   l'infirme qui volait!

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer;

Exilé sur le sol au mimieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Charles Baudelaire.

Commentaires (1)

1. Josiane Guibert 21/02/2016

Bonsoir
Poème amusant et un peu décalé ; j'apprécie.
Pour moi, lasure est féminin ; mais peut-être n'ai-je pas tout compris ?

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